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Non c'est NON !
 
 
 
 
Les relations sexuelles entre les thérapeutes et leurs patients
Kenneth S. Pope
 
 

 
Cette traduction vous est proposée par l'association SOS-THERAPIRES. Cet article mentionne certaines pratiques qui ont lieu aux Etats Unis et qui n'ont pas cours en France (comme, par exemple, la criminalisation des relations sexuelles patient/thérapeute).   
Résumé : Les relations sexuelles entre les thérapeutes et leurs clients constituent un phénomène important, significatif, que la profession n'a pas encore véritablement reconnu. Des recherches poussées on amené à reconnaître la nocivité que produisent de telles relations. Cependant, ces recherches estiment qu'au niveau national 4,4% des thérapeutes passent à l'acte (7% des thérapeutes hommes et 1,5% des thérapeutes femmes).
Ce chapitre trace la rétrospective de ce problème, sa nocivité, les différences homme/femme sur le sujet, la possibilité que la proportion de thérapeutes abusant de leur client décline et le travail urgent que devraient mener les professions de la santé mentale sur ce thème.
 
 
 
LE PROBLEME ET SON HISTORIQUE
 
 

Quand les gens sont en souffrance, malheureux, terrorisés et sont dans la confusion, ils peuvent chercher de l'aide auprès d'un thérapeute. Ils peuvent être déprimés, et peuvent parfois penser à mettre fin à leur jours. Ils peuvent être insatisfaits de leur vie professionnelle ou relationnelle et ne savent pas comment faire évoluer leur situation. Ils peuvent souffrir d'un traumatisme suite à un viol, un inceste, des violences conjugales ou familiales. Ils peuvent faire des crises de boulimie puis se faire vomir, prendre de la drogue ou de l'alcool ou adopter d'autres comportements qui peuvent détruire leur santé et leur être fatal.

La relation thérapeutique est spéciale car caractérisée par une vulnérabilité et une confiance exceptionnelle du patient envers son thérapeute. Ces personnes peuvent parler à leurs thérapeutes de leurs pensées, de leurs sentiments, ou encore de leurs comportements : autant de choses dont ils n'ont jamais parlé à personne. Tous les états, aux États Unis, ont reconnu le caractère spécifique de la relation thérapeutique et la responsabilité qu'a le thérapeute envers son client ainsi que la nécessité d'une formation spéciale et d'une certification mais aussi de la confidentialités des propos tenus par le client à son thérapeute.

Une faible minorité de thérapeutes tirent avantage de la confiance du client, de sa vulnérabilité et du pouvoir que leur confère leur rôle, pour l'exploiter sexuellement. Chaque État a prohibé cet abus de confiance, de vulnérabilité et de pouvoir en régulant les certifications. La relation sexuelle thérapeute-patient est aussi passible de poursuites judiciaires, et elle est même considérée comme un crime dans certains états. Les codes déontologiques de tous les professionnels de la santé mentale interdisent de tels agissements.

Les professions de la santé mentale ont reconnu, dès leurs tous débuts, le mal pouvant résulter de telles relations avec un patient. Le serment d'Hippocrate interdit les relations sexuelles entre les médecins et les patients, ainsi que le code qui lui est antérieur. Freud, le pionnier du " traitement par la parole ", a insisté sur cet interdit dans ses écrits. Ce consensus historique quand à cet interdit et à la dangerosité de tels actes est toujours en vigueur aujourd'hui. En guise de repère, citons un cas en 1976 (pour la première fois une femme poursuivait son thérapeute suite à des relations sexuelles) : la cour reconnaissait publiquement la nocivité des " intimités sexuelles " entre patients et thérapeutes.
 
 
 

LES EFFETS NOCIFS DES RELATIONS PATIENTS/THERAPEUTES 
 
 

Quels sont les effets nocifs auxquelles la cour faisait allusion ? Alors que la littérature scientifique et professionnelle traitait essentiellement de cas spécifiques, individuels sur le sujet ; des études à plus grandes échelles ont commencé à être menées dans les années 60 et 70.
William Masters et Virginia Johnson, par exemple, ont réuni les données de beaucoup de chercheurs pour leurs rapports : " Human sexual response " en 1966 et " Human sexual inadequacy " en 1970. Ils ont été surpris du nombre de thérapeutes ayant engagé des relations sexuelles avec leurs patients.

Ces nombreuses données collectées par Master et Johnson leur ont permis de comparer les conséquences des relations sexuelles patient/thérapeute, avec celles générées par une relation maritale (ou encore une relation librement consentie de long-terme), et celles générées par un viol, un inceste, un abus.

Les conséquences désastreuses étaient si frappantes que Masters et Johnson ont écrit : " Nous pensons qu'à partir du moment où la réalité d'une relation sexuelle patient/thérapeute est clairement prouvée par la voie judiciaire, le thérapeute doit être poursuivi pour viol et non pour mauvaise pratique, et cela même si c'est le patient qui a initié le processus de séduction. En d'autres termes : les poursuites ne doivent pas relever du civil mais du pénal.

La psychologue Phyllis Chesler a inséré dans son étude " Women and madness " (1972) un chapitre sur les relations sexuelles entre thérapeutes et clients. Elle a répertorié les conséquences de tels faits parmi un échantillon de femmes, à savoir : dépression et idées suicidaires.

Pope et Vetter ont publié une étude nationale concernant 958 patients qui avaient eu des relations sexuelles avec leur thérapeute. Les résultats indiquaient que 90% de ces patients étaient en souffrance du fait de ces relations. 80% en étaient blessés lorsque cette relation débutait après la fin de thérapie. Environ 11% d'entre eux avaient besoin d'être hospitalisés, 14% ont tenté de se suicider, 1% se sont suicidés. Environ 10% avaient été victimes de viol avant leur relation sexuelle avec leur thérapeute, et un tiers avaient connu l'inceste ou d'autres maltraitances sexuelles durant l'enfance. Environ 5% étaient mineurs lors des relations sexuelles avec leur thérapeutes. Parmi ceux qui ont été blessés suite à ces relations, seulement 17% se sont remis totalement.

Les trois études mentionnées ci-dessus ne représentent qu'un petit échantillon de celles menées pour observer la nocivité des relations sexuelles entre le thérapeute et le patient. Diverses études ont réuni à la fois des patients qui n'ont plus cherché à avoir des soins mentaux, et d'autres qui ont suivi une thérapie avec un nouveau thérapeute.
 
Un groupe de patients qui ont eu des relations sexuelles avec leur thérapeute ont été comparés avec 2 autres : un groupe dont les membres ont eu des relations sexuelles avec leur médecin traitant qui n'était pas thérapeute, dont les membres ont suivi une psychothérapie mais qui n'ont pas eu de relations sexuelles avec leur thérapeute. Les effets des relations sexuelles patients/thérapeutes ont été évalués par des médecins indépendants, par les thérapeutes qui ont succédés aux thérapeutes incriminés, et par les patients eux-mêmes. Les données ont été collectées en utilisant notamment les techniques suivantes : l'observation structurée du comportement, des tests et autres instruments psychométriques, des entretiens médicaux.  

Ce qui suit est une courte description des 10 réactions les plus courantes qui sont associées avec les relations sexuelles thérapeute/patient. Ces réactions sont : (a) l'ambivalence, (b) le dysfonctionnement cognitif, (c) le dysfonctionnement émotionnel, (d) le sentiment de vide et isolement, (e) l'altération de l'aptitude à faire confiance, (f) culpabilité, (g) l'augmentation du risque de suicide, (h) le renversement des rôles et la confusion vis à vis des limites, (i) confusion sexuelle, (j) colère refoulée. Bien que courantes, ces réactions ne caractérisent pas tous les patients qui ont eu des relations sexuelles avec leur thérapeute.

A. Ambivalence 

Une ambivalence extrême peut résulter de relations sexuelles avec son thérapeute. Pris entre deux désirs conflictuels, ceux qui souffrent peuvent être psychologiquement paralysés, incapables de prendre une quelconque direction.

D'un côté, ils veulent échapper à leur thérapeute, à cette relation destructrice et aux effets de ces abus. Ils peuvent avoir envie de briser le tabou du silence imposé par le thérapeute, de parler en toute confiance à quelqu'un de ce qui leur est arrivé. Ils peuvent tenter une action en justice, alerter les comités d'éthique et l'hôpital qui emploie le thérapeute le cas échéant, mais aussi les organismes de certification… Ils veulent faire en sorte que le thérapeute ne sévisse plus sur d'autres patients mais aussi mesurer le sérieux des organisations concernées. Ils peuvent tenter de mettre du sens à leur expérience, travailler dessus afin de pouvoir continuer leur vie.
 

Mais d'un autre côté, ils peuvent penser qu'ils doivent protéger le thérapeute abusif à tout prix. Les thérapeutes abusifs sont souvent très habiles pour créer et entretenir cette dynamique. Ils arrivent à convaincre les patients abusés qu'il est primordial de garder cette relation sexuelle secrète afin de ne pas entacher leur carrière. Ils peuvent même faire croire que la relation sexuelle était un acte de sacrifice personnel, un acte moral et éthique : le seul moyen d'arriver à " guérir " le patient quelle que soit sa problématique.

Ce type d'ambivalence existe souvent parmi les personnes ayant été l'objet d'autres formes d'abus. Les victimes d'inceste, par exemple, peuvent vivre des sentiments contradictoires : à la fois fuir leur parent-agresseur, et, en même temps, s'attacher à protéger ce même parent. De la même façon, certaines femmes battues veulent désespérément s'échapper et se mettre en sécurité, mais elles ont, en même temps, un écrasant besoin de se soumettre à leur agresseur, de prendre tous les reproches sur elles, et de maintenir le secret sur les violences qu'elles subissent.

B. Dysfonctionnement cognitif 

Beaucoup de personnes ayant eu des relations sexuelles avec leur thérapeute, que ces dernières aient débuté avant ou après la fin de la thérapie, ont d'intenses dysfonctionnements cognitifs. Ils peuvent générer des troubles de l'attention, de la mémoire et de la concentration. Le cours normal de la vie est parasité par des pensées non souhaitées, des images intrusives, des flash-back, des réminiscences, ou encore des cauchemars. Ces différents troubles peuvent altérer significativement la capacité de la personne à travailler, à mener une vie sociale, et même l'empêcher d'effectuer les tâches habituelles de soins personnels. Parfois, ces symptômes rejoignent ceux générés par un stress post-traumatique.
 

C. Dysfonctionnement émotionnel 

La personne concernée ne ressent plus les choses de la même façon qu'avant la thérapie abusive. Des émotions intenses peuvent faire irruption soudainement et ce, sans cause apparente : elles sont comme déconnectées de la situation courante. Cette déconnexion émotionnelle peut être profonde : une personne peut raconter un événement triste et déchirant tout en éclatant de rire, ou, à l'inverse, raconter quelque chose de drôle ou de merveilleux tout en sanglotant.
 

Les émotions sont comme étrangères à soi et menaçantes, comme si elles étaient des intrus indésirables dans la vie intérieure de celui qui les ressent. Comme nous l'avons vu précédemment, le dysfonctionnement cognitif peut générer des pensées non souhaitées ou des images intrusives… Les dysfonctionnements émotionnels peuvent être tout aussi handicapants dans la vie quotidienne avec des émotions imprévisibles, des changements d'humeur rapides. La personne concernée commence à se sentir impuissante, comme si ses émotions étaient hors de contrôle, comme si lui ou elle était à la merci d'un ennemi intrusif et tout puissant, assiégé(e) par une force plus grande que lui (qu'elle).

D. Sentiment de vide et isolement 

Les personnes qui ont eu des relations sexuelles avec leur thérapeute peuvent ressentir un profond sentiment de vide. Ils se sentent creux, comme si leur sensation d'exister avait été emportée loin d'eux. Ce sentiment de vide est souvent accompagné par un sentiment d'isolement, comme si ces personnes n'étaient plus membres de la société, comme coupées à jamais du lien social avec les autres.

Les sentiments de vide et d'isolement peuvent être très envahissants et terrifiants. Ils sont clairement décrits par Elma Palos. Celle-ci (de même que sa mère) a été la patiente et la partenaire sexuelle de Sandor Ferenczi. Elle a écrit ceci en 1912 : " Ce sentiment de solitude qui m'attend sera plus fort que je ne le suis. Je me sens comme si tout allait geler à l'intérieur de moi… Si je suis seule, je vais cesser d'exister… "

E. La culpabilité 

Les personnes qui ont eu des relations sexuelles avec un thérapeute peuvent se sentir envahies par une culpabilité persistante et irrationnelle. Cette peur est irrationnelle parce que dans tous les cas, il est de la responsabilité du thérapeute de ne pas avoir de relations sexuelles avec ses patients. C'est le thérapeute qui a appris, dès les tous débuts de sa formation, que les relations sexuelles avec les patients étaient prohibées, et ce, dans tous les cas. C'est le thérapeute qui s'est engagé à respecter le code déontologique qui classifie les relations sexuelles avec les patients comme une étant une violation du comportement éthique. C'est le thérapeute qui est certifié par l'État moyennant notamment la reconnaissance de la nécessité de protéger le patient de tout comportement ne respectant pas l'éthique, de toute pratique nocive et non scrupuleuse.
 

Comme les recherches résumées ci-après vont le montrer, les différences de conséquences entre les hommes et les femmes sur le sujet sont significatives. Il est possible que le sexe de la personne concernée influe sur la manière dont ce sentiment de culpabilité se développe et persiste et en l'occurrence, les femmes se sentent plus coupables que les hommes. Les psychiatres Melanie Carr et Gail Robinson ont écrit : " Les femmes sont souvent programmées pour assumer les responsabilités et se sentir coupables par rapport au domaine relationnel et leurs problèmes. 
 
L'expression quasi universelle de la culpabilité et de la honte ressenties par les femmes ayant eu des relations sexuelles avec leur thérapeute atteste du pouvoir de ce conditionnement " La psychiatre Virginia Davidson, qui a analysé les similitudes entre les relations sexuelles patients-thérapeutes et le viol a écrit :
"Les femmes victimes ressentent, dans l'un ou l'autre cas, une culpabilité énorme. Elles risquent de perdre l'estime d'elles-mêmes, et elles ont souvent le sentiment d'avoir peut-être fait quelque chose qui aurait provoqué la séduction. Tout comme les victimes de viol, les patientes abusées par leur thérapeute peuvent s'attendre à ce qu'on leur reproche ce qui s'est passé et auront du mal à trouver une écoute bienveillante à leur plainte. En outre, ces femmes consultent un thérapeute après avoir eu un déséquilibre psychologique avéré antérieur à la séduction. La façon sont le thérapeute pourrait utiliser cette information à leur encontre peut certainement dissuader nombre de femmes à révéler les faits."

F. L'altération de la capacité à faire confiance 

Quand les thérapeutes abusent intentionnellement de la confiance de leur patients et ce, en toute connaissance de cause, comme ils le font en ayant des relations sexuelles avec eux, les effets négatifs sur la capacité à faire confiance des patients sont profonds et durables. La thérapie se fonde sur une confiance totale. Les patients se rendent dans les cabinets de personnes totalement inconnues, pour parler de leurs pensées, de leurs sentiments, de leurs pulsions qu'ils ne révèleraient à personne d'autre. Chaque étape, eu égard au caractère sensible des secrets confiés au thérapeute, établit un privilège formel entre le thérapeute et son patient. Les codes déontologiques de toutes les grandes professions de la santé mentale reconnaissent au thérapeute la responsabilité du respect de la confidentialité.
 

En plus de faire confiance à leur thérapeute vis à vis du respect de la confidentialité, les patients attendent de lui qu'il agisse avec justesse, non seulement en respectant le code déontologique mais aussi en ne l'exposant pas à des risques inutiles. Quelque part, la thérapie ressemble un peu aux urgences. Les patients qui y vont acceptent de faire ce qu'on leur demande ou de se laisser faire car ils savent que de cette façon, ils iront mieux. Ils autorisent le personnel des urgences de leur faire des choses qu'ils n'accepteraient de personne d'autre (les inciser par exemple). Ils savent que le professionnel ne cherchera pas à les abuser, sexuellement ou d'une autre façon, durant les soins. De la même façon, les patients lors d'une thérapie se soumettent à un processus envers lequel ils sont psychologiquement ouverts car ils savent qu'ils sont plus susceptibles d'aller mieux ainsi. Ils comptent sur leur thérapeute pour qu'il ne commette aucun abus durant les soins.

C'est Freud le premier qui a noté cette similitude. Il a écrit que " la thérapie par la parole " était " comparable à une opération chirurgicale ". Comme le chirurgien, le thérapeute travaille avec " un instrument dangereux… Si un scalpel ne coupe pas, il ne servira jamais à un chirurgien ". Selon Freud, le thérapeute responsable reconnaît toujours honnêtement son potentiel de destruction. " C'est une erreur grossière de sous évaluer l'importance des psychonévroses et d'imaginer qu'elles disparaîtront avec des remèdes de bagatelles… La psychanalyse n'a pas peur de manipuler les forces les plus dangereuses de l'esprit et de les faire travailler pour le bénéfice du patient. "
 
 
G. L'augmentation du risque de suicide

Le groupe des patients qui ont eu des relations sexuelles avec leurs thérapeutes ont, par rapport à la population générale et les autres groupes de patients, un risque significatif de tentatives de suicide et de suicide abouti. Des recherches montrent qu'environ 14% du groupe fera au moins une tentative de suicide et que 1% d'entre eux mettront effectivement fin à leurs jours.

H. Renversement des rôles et confusion vis à vis des limites 

Les thérapeutes qui exploitent leurs patients sexuellement, violents et le rôle de la thérapie et ses limites. Le but des consultations n'est plus médical mais sert à assouvir les désirs du thérapeute. Le thérapeute renverse les rôles : ce n'est plus le thérapeute qui est au service du patient pour son bien-être mais plutôt le patient qui est au service de du thérapeute dans le but d'une gratification sexuelle. Les fondamentales limites médicales, éthiques et légales qui interdisent à un thérapeute d'utiliser ses patients à des fins sexuelles, expérimentales, d'emprise sont alors violées.

Dans une thérapie normale, le processus thérapeutique, son efficacité, les améliorations qu'elle apporte, toutes ces choses travaillées par le patient et son thérapeute au cours des consultations continuent entre chaque séance et après la thérapie. Tant les bénéfices apportés par une thérapie que le mal qu'elle procure peuvent perdurer sur le long terme. Quand un thérapeute a franchi les limites, les effets négatifs pour le patient peuvent se généraliser au-delà de la thérapie, persistée longtemps après la fin de celle-ci mais aussi sur la vie sexuelle.

I. Confusion sexuelle 

Il n'est peut-être pas surprenant que beaucoup de patients qui ont été exploités par leur thérapeute connaissent une profonde confusion dans leur propre sexualité. Entre 1982 et 1983, la psychologue Janet Sonne a fait partie d'un programme de soutien aux patients qui ont été victimes d'abus sexuels par leur thérapeute. Elle a également mené des recherches sur ce sujet et a formé des étudiants. Elle a écrit que les patientes qui avaient été abusées sexuellement par leur précédent thérapeute éprouvaient du dégoût vis-à-vis de leurs pulsions sexuelles. Les patientes qui s'identifiaient elles-mêmes comme étant hétérosexuelles avant d'avoir des relations avec un thérapeute tendaient à avoir des doutes et un sentiment de confusion envers leur " vraie " orientation sexuelle.

Les expériences sexuelles avec un thérapeute donnent au patient le sentiment que leur seule valeur, en tant qu'êtres humains, est de donner des gratifications sexuelles aux autres. Certains engagent des relations sexuelles sur des bases obsessionnelles comme s'ils rejouaient la relation qu'ils ont eue avec leur thérapeute. Lorsque le patient ressent un sentiment de vide ou d'isolement, l'acte sexuel qu'il a eu avec le thérapeute abuseur et qu'il repasse dans sa tête via des flashbacks peut représenter pour lui une tentative de combler ce vide. Pour d'autres, le sexe est associé à un sentiment de culpabilité irrationnel. Ils peuvent s'engager dans des relations sexuelles avilissantes, dangereuses, douloureuses, afin de confirmer leur conviction : "Je suis coupable, je ne vaux rien, je ne mérite que ça". Certains peuvent ressentir une telle confusion dans ce domaine qu'ils mettent l'étiquette "sexuel" sur toute une gamme de sentiments et de pulsions qui n'ont pourtant rien à voir. Ils peuvent, par exemple, dire qu'ils sont excités sexuellement alors qu'ils sont profondément en colère, déprimés, anxieux ou terrifiés.

J. Colère refoulée 

Nombre de patients qui ont été abusés sexuellement par un thérapeute sont en colère, à juste titre, mais il peut être difficile pour eux de vivre cette colère directement. Certains peuvent ressentir une certaine paralysie, un engourdissement, dans des situations qui auparavant les auraient mis en colère. D'autres peuvent intérioriser cette colère et être en rage contre eux-mêmes. Cette colère intériorisée peut conduire au dégoût de soi, à des comportements d'autopunition, d'autodestruction, dont le suicide.
Les thérapeutes incriminés sont souvent doués pour manipuler les patients afin de supprimer leur colère. Certains peuvent utiliser l'intimidation, la contrainte, ou même la force et la violence afin de s'assurer que le patient refoulera sa colère au lieu de l'exprimer. Un thérapeute aurait hurlé contre sa patiente chaque fois qu'elle se mettait en colère contre lui alors qu'il la touchait sexuellement durant les consultations. Elle finit par être terrifiée par sa propre colère et à la possibilité que l'on puisse se mettre en colère contre elle. Durant sa longue thérapie, cette personne restait assise, silencieuse pendant de longues périodes, terrifiée à l'idée de dire quoi que ce soit. Elle finissait par dire, en chuchotant : vous êtes en colère après moi, n'est-ce pas?". La psychologue Janet Sonne indique : "bien que la patiente puisse occasionnellement reconnaître sa rage, elle va plus souvent refouler sa colère par peur d'en être submergée, de faire du mal au thérapeute ou à d'autres personnes."
 

 
DIFFERENCES HOMMES/FEMMES SUR LE SUJET (EXTRAITS)
 

Les différentes études relatives aux relations sexuelles entre patients et thérapeutes démontrent que les thérapeutes incriminés sont majoritairement (mais pas exclusivement) des hommes, tandis que les patients abusés sont majoritairement (et non exclusivement) des femmes. Ces résultats tiennent compte la proportion hommes/femmes au sein de la profession. Ces résultats sont si flagrants, qu'ils ont amené le professeur Jean Holroyd à dire que les patientes n'ont pas un accès équitable à la thérapie non abusive.

Une des approches utilisées pour étudier ce phénomène est la collecte de questionnaires anonymes auprès de personnes suivant ou ayant suivi une thérapie. Il s'agissait de leur demander si elles avaient été impliquées dans des relations sexuelles avec leur thérapeute. Les résultats de ces études ont montré que les patients impliqués dans de telles relations sont très majoritairement des femmes.

La seconde approche concernait cette fois les thérapeutes : ils devaient également remplir un questionnaire anonyme indiquant s'ils avaient eu des relations sexuelles avec leurs patients. Le nombre de thérapeutes indiquant être passé à l'acte n'était pas très significatif. Cependant, il est intéressant de noter que malgré ce faible pourcentage, la proportion d'hommes passant à l'acte est toujours supérieure à celui des femmes. Dans une étude, la proportion d'hommes incriminés est 9 fois plus forte que la proportion de femmes incriminées.

La compilation de 8 études nationales révèlent qu'environ 4,4% des thérapeutes interrogés ont engagé des relations sexuelles avec au moins un(e) patient(e). Les thérapeutes hommes concernés sont 4 fois plus nombreux que les thérapeutes femmes concernées. Environ 7% des thérapeutes interrogés ont admis avoir eu des relations sexuelles avec au moins un de leur patients, contre 1,5% de thérapeutes femmes. […]

La troisième approche adoptée consistait à étudier les données des organismes de certification, des comités éthiques et autres organismes enregistrant des plaintes relatives aux thérapeutes. Les résultats montrent que les abus sexuels dans le cadre des thérapies impliquent dans 86% des cas un thérapeute homme et une patiente.

Dans la quatrième approche, une enquête anonyme a été menée auprès de thérapeutes qui ont eu à soigner des patients ayant subi des relations sexuelles avec leur thérapeute précédent. Dans la majorité des cas, le thérapeute incriminé est un homme et le patient est une patiente (les résultats oscillent entre 88 et 92% des cas) Il est également important de noter que l'on parle des patients abusés comme s’ils ne s’agissaient que d'adultes. Or, dans une proportion significative, les patients sont mineurs.

Une étude nationale portant sur les relations thérapeute-patient mineur montre que les actes sont perpétrés majoritairement sur des filles. L'âge moyen des patientes mineures ayant subi des relations sexuelles par leur thérapeute est de 7 ans. La tranche d'âge des filles concernées est de 3ans à 17 ans. L'âge moyen des patients mineurs impliqué est, quant à lui, de 12 ans. La tranche d'âge des garçons concernés est de 7 à 16 ans.

Des recherches ont également été menées sur l'attirance sexuelle des thérapeutes envers leurs patients. Dans ces études plus de 80% des psychologues (étude menée en 1986) et des travailleurs sociaux (étude menée en 1994) indiquaient avoir été attiré sexuellement par au moins un client. 92 à 95% des hommes interrogés dans le cadre de l'étude, ont admis cette attirance, contre 70 à 76% des femmes interrogées.

Il a été demandé aux participants d'identifier les caractéristiques des patients qui les attiraient sexuellement. Des centaines de caractéristiques ont été regroupées en 20 grandes catégories. Notons au passage qu'il n'y a pas de différence significative entre les hommes et les femmes quant à ces caractéristiques (tous deux semblent attirés par les mêmes choses). Cependant, les femmes thérapeutes sont plus susceptibles de mentionner la caractéristique "a du succès" que les hommes. Ces derniers sont plus à même de citer la caractéristique "attirant(e) physiquement" que leurs consœurs. […]
Les résultats sont retranscrits dans le tableau suivant:
 
 
 
 
Caractéristiques des clients pour lesquels les thérapeutes
ressentent une attirance sexuelle
Travailleurs sociaux 

 
Psychologues

 
Attirant(e) physiquement
175   296
Mental positif/aptitudes cognitives
 84 124 
Sexuel
 40 88 
Vulnérabilités
 52 85 
Le caractère, la personnalité
 58 84 
La gentillesse
 6 66 
Comble des besoins du thérapeute
 8 46 
A du succès
 6 33 
"Bon patient"
 21 31 
L'attirance du client
 3 30 
Indépendance
 5 23 
Autre caractéristiques spécifiques du caractère
 27 14 
Ressemble à quelqu'un que connaît de thérapeute
 14 12 
La disponibilité (le client n'est pas engagé dans une autre relation)
 0
Caractéristiques pathologiques
 13
Client depuis longtemps
 7
Sociabilité
 0
Divers
 23 15 
Mêmes intérêts/philosophie que le thérapeute
 10
 
 
 
Source/référence 
 
 
 
 
 

 
 


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